Dans l’imaginaire collectif, Fribourg est un club émotif. Un club capable de se transcender et de basculer dans l'irrationnel lorsqu’il est porté par son formidable public, mais aussi de se liquéfier sous la pression. Gottéron rime avec émotions. Et pendant de longues années, presque durant toute son histoire, ce n’était pas anodin.
Cette idée reçue vole en éclats depuis le 22 décembre et l’arrivée de Lars Leuenberger sur le banc à la place de Pat Emond. «Nous jouons un peu contre la nature historique du club», reconnaît l’entraîneur. Les Dragons ont, en quelque sorte, travesti leur ADN. Pour le meilleur. Pour briller.
«Never too high, never too low»
Ce changement atteint son paroxysme depuis le début des play-off. Le jeu de Fribourg-Gottéron n’est de loin pas le plus spectaculaire. Il peut même paraître froid par moments. Mais il est très efficace. Il se base avant tout sur un gardien solide, une défense regroupée, des sacrifices - Fribourg est l’équipe qui bloque le plus de tirs dans ces séries éliminatoires - et un mental à toute épreuve.
Sans oublier une intensité contrôlée. Lars Leuenberger résume ainsi sa pensée: «Never too high, never too low». Traduction: «Jamais trop haut, jamais trop bas». Play-off et derbys contre Berne et Lausanne obligent, les séries impliquant Gottéron génèrent tout de même des émotions.
Mais Fribourg possède une impressionnante capacité, hormis de rares exceptions, à ne jamais se laisser emporter par celles-ci. «C’est très important d’être capable de réduire les émotions, assure Lars Leuenberger. Attention, je ne ne dis pas qu’il n’en faut pas. Nous voulons jouer avec des émotions, mais avec des émotions contrôlées.»
Apprendre à gagner
Décrit comme un tacticien très méticuleux par d’anciens joueurs, Lars Leuenberger a le souci du détail et du contrôle. C’est son style. Celui qui lui a permis de guider Berne vers le titre de champion de Suisse avec Berne en 2016. «Il y a quand même une différence, précise le Saint-Gallois. À Berne, j’ai hérité d’une équipe qui savait gagner. Fribourg doit encore apprendre ce que cela signifie.»
Vu comme les certitudes autour de Gottéron s'écroulent, il est même possible d’imaginer que le club se débarrasse de son statut de «perdant magnifique» au terme de la saison, avec un premier titre.
Fidèle à son mantra «Never too high, never too low», Lars Leuenberger n’en dira pas plus. Il sait qu’il faut d’abord éliminer Lausanne.
Ruben Steiger