Où est passé ce Gottéron sûr de lui, presque froidement efficace, capable pendant toute la saison régulière de gagner sans forcément dominer? La question commence sérieusement à se poser après une deuxième défaite consécutive à Rapperswil (2-1), qui place les Dragons dos au mur dans ce quart de finale. Pourtant, sur le banc, Roger Rönnberg refuse toute panique. Calme, presque imperturbable, le Suédois martèle que la performance ne doit pas être confondue avec le résultat. Un discours cohérent mais qui ne rassure guère quand on regarde le résultat partiel de la série: car oui, Rapperswil mêne 0-2.
Car oui, il y a eu du mieux. Le premier tiers a rappelé, par séquences, le Gottéron de la saison régulière: intense, engagé, capable de mettre son adversaire sous pression. Mais comme souvent dans cette série, la réussite a fui les Dragons. Deux poteaux de Lucas Wallmark, un powerplay qui ne marche plus, et cette incapacité chronique à convertir les temps forts. Même lorsque Maximilian Streule a ouvert le score, qui aurait dû être libératrice, l’impression dominante restait celle d’une équipe qui allait s’imposer, mais au prix d’un très gros effort. Or, Gottéron a perdu.
Le tournant est venu dans un deuxième tiers bien plus fragile, presque inquiétant. Rapperswil, sans forcer son talent, a profité d’un Fribourg trop impatient, marque d’une certain stress quand tout ne tourne pas rond. Tyler Moy a égalisé, puis l’excellent Gian-Marco Wetter a puni une défense fribourgeoise dépassée, sur une action initiée par un Malte Strömwall intenable. À lui seul, il a déséquilibré un bloc fribourgeois pourtant réputé solide. Il est pour l’instant le facteur X de la confrontation, «titre« que va lui disputer un certain Melvin Nyffeler. Exceptionnel dans le troisième tiers avec 16 arrêts, il a écœuré les attaquants fribourgeois, donnant raison à nos spécialistes du «Premier Bloc» de vendredi dernier avançant sa montée en puissance depuis quelques semaines. En face, Reto Berra n’a pas à rougir, mais la différence se fait ailleurs: dans l’efficacité, dans ce petit supplément de sang-froid qui fait basculer les matches serrés.
C’est peut-être là que le bât blesse le plus pour Gottéron. Ses leaders offensifs étrangers sont en retrait. Et à ce niveau, cela ne pardonne pas. Les observateurs alémaniques parlent d’une équipe fribourgeoise «trop nerveuse dans les moments clés», incapable pour l’instant de retrouver cette fluidité offensive qui faisait sa force. Et ils ont raison. Rönnberg, lui, reste fidèle à sa ligne: pas de révolution, pas de changements dictés par l’émotion. Il parle de confiance, encore et toujours. D’un déclic qui finira par venir. Le problème, c’est que le temps commence (déjà!) à manquer. Les Dragons doivent désormais gagner quatre des cinq prochains matches pour poursuivre leur saison. Et éviter que celle-ci – ainsi que la fin de carrière de leur capitaine – ne se termine prématurément dans une BCF Arena sous tension. Demain, l’acte III a déjà des allures de match charnière, presque vital.