Il est 13 h. La soirée a été folle. La nuit, irréelle. Le réveil, lui, pique un peu, malgré les voix cristallines des petits chanteurs du 1er mai qui, l’espace d’un instant, nous rappellent qu’il existe autre chose que le hockey sur glace. Mais ça ne dure pas, évidemment. Les gamins portent des maillots de Fribourg-Gottéron, et leur deuxième chant se transforme en hymne vibrant au tout nouveau champion.
On sort. Soleil éclatant sur la Basse-Ville. Tout semble parfait. A Fribourg aussi, on a droit au bonheur. Champion de Suisse! Le terme reste irréel à coucher sur le papier, tant ce journal – comme tout le canton qu’il raconte – a attendu avant de pouvoir enfin l’écrire.
La glace de Dorthe
Sur le chemin de la rédaction, direction la composition du journal «J+1», on croise un jeune homme dégustant une glace… en équipement de hockey. Jan Dorthe! L’attaquant, qui n’a toujours pas dormi, s’en va vers le Café du Belvédère. Là-bas, ses coéquipiers l’attendent et avec eux, le trophée, posé fièrement sur un muret dominant la Basse-Ville. «La coupe a descendu la rue de Lausanne dans un caddie avec Christoph Bertschy, puis elle était à Saint-Pierre avec Sandro Schmid, avant d’arriver ici. Elle va finir chez Hubert Audriaz en bas!» raconte Nathan Marchon, au micro de notre podcast Point de vue, pour ce qui restera peut-être comme le plus lunaire des épisodes.
Ce qu’on a fait? C’est simple. On a posé nos micros sur une table, et invité ceux qui le désiraient à venir raconter. Partager. Revivre cette nuit hors du temps. Julien Sprunger, évidemment, vient en premier. Yeux lourds, mais brillants. Il parle de cette arrivée à 5 h du matin. De la foule. Des trois heures qui ont suivi dans le vestiaire. De la tentative de discours du président Hubert Waeber, rapidement avortée «par une douche de Cardinal» – ça, c’est le photographe du club, Adrien Perritaz, qui le raconte. Le capitaine, fidèle à lui-même, exprime, lui, sa gratitude. «Finir en écrivant la plus belle page de ce club… Je peux partir l’esprit tranquille, avec le sentiment du devoir accompli. Ce que c’est beau, de pouvoir partager ce titre avec tout le monde.»
« C’était écrit qu’il devait finir comme ça. Julien, c’est le Dieu vivant de Fribourg. »
Adrien Lauper·Ancien joueur de Fribourg-Gottéron
Il nous offre huit minutes d’interview. Celle dont tout Fribourg rêvait, celle que l’on lance par un: «Alors, Julien… champion de Suisse!» Et lui, de sourire et confirmer. Non, ce n’est pas un rêve. Et dire que tout aurait pu s’arrêter ce lundi soir pluvieux, à Rapperswil, quand Gottéron était mené 3-2 dans la série face à Rapperswil! «J’aurais dû vivre avec cet échec sportif pendant des années. C’est quand même plus beau de finir un jeudi soir à Davos, par une victoire!» Plus beau? Impossible. «C’était écrit qu’il devait finir comme ça, glisse Adrien Lauper, son ancien coéquipier, les larmes aux yeux. Julien, c’est le Dieu vivant de Fribourg. C’est Monsieur parfait. La preuve: on a passé toutes ces dernières heures avec lui, il était en ville avec la Coupe, il a fait des photos, signé des autographes. Il n’a rien refusé à personne. C’est la gentillesse incarnée.»
On missionne Monsieur parfait de nous amener Benoit Jecker. Le défenseur arrive douché, – «je suis passé chez moi, le mélange bière transpiration devenait malsain» –, avec un short de l’équipe nationale de la Suède (un cadeau de Jacob de la Rose) et la banane d’un homme qui a réalisé son rêve. «Nous serons à jamais les premiers, pour ce club, ce canton, ces fans qui attendaient ça depuis tant d’années!» Oui, à jamais les premiers. «Comment ça va? Tu me poses vraiment la question?» enchaîne Nathan Marchon, sourire impossible à contenir. Le trophée? Il l’a carrément emporté avec lui, posé tranquillement sur la chaise d’à côté, comme compagnon de route. «C’est incroyable… c’est fou. Je n’arrive pas encore à réaliser. Peut-être que ça viendra samedi, pendant la parade.»
«Juste profiter»
Quand la ville, comme jeudi soir, accueillera un canton entier. «On verra si la ville est prête pour ça», souffle Simon Seiler, le dernier à venir à notre micro, petit verre de rosé à la main. «Je n’ai aucune idée du programme des prochains jours. On va juste profiter.» Parce qu’à Fribourg aussi, on a droit au bonheur. Et à des hamburgers gratuits à vie. Si si: le restaurant Eleventh Floor, installé à Forum Fribourg, a annoncé qu’il ne ferait plus payer Roger Rönnberg, lequel pourra se régaler à l’œil après ses séances de padel.
