Julien Sprunger, capitaine retraité d’un Gottéron champion de Suisse de hockey sur glace, s’adresse à nos fidèles lecteurs. «J’en ressens le besoin, l’envie de te dire ce que j’ai sur le cœur avant de m’en aller pour de bon», écrit-il.
Aujourd’hui, j’ai envie de prendre la plume pour t’écrire. Tu ne m’en voudras pas si, toi lecteur de La Liberté et fidèle supporter de Gottéron, je te tutoie vu tout ce qu’on a vécu ces 24 dernières années.
Je ne te cache pas que cet exercice est pour moi beaucoup plus difficile que de tirer un penalty à la 59e minute. Mais j’en ressens le besoin, l’envie de te dire ce que j’ai sur le cœur avant de m’en aller pour de bon.
Ces derniers jours auront bien évidemment été l’apothéose de ma carrière. Je n’aurais jamais pu imaginer vivre de telles émotions, une telle communion avec toi. Et pourtant, j’en ai vécu des moments mémorables. Tu te rends compte? Vous étiez plus de 80 000 personnes! C’est complètement fou…
Bon, je t’avoue que je ne suis finalement pas vraiment surpris. Depuis tout petit, j’ai compris que ce club a quelque chose de spécial. Une âme et un cœur comme nulle part ailleurs. C’est cette différence qui nous rend uniques et qui fait la beauté de Gottéron, la fierté de tout un canton.
Depuis samedi, tu m’arrêtes pour me remercier, pour me féliciter d’avoir enfin ramené ce titre à Fribourg. Tu me racontes tes larmes quand nous avons soulevé cette coupe. Tu me parles de la soirée du 4 mars 1980, où vous étiez déjà là des heures avant le match. Tu me reparles des finales malheureusement perdues dans les années 90, avec Bykov et Khomutov.
Et là, je réalise que nous avons une sacrée histoire. C’est pour moi un privilège immense d’en avoir écrit une partie.
Dès le début de ma carrière, j’ai senti que j’avais une responsabilité en tant que Fribourgeois. Je n’étais pas un simple joueur, ni un mercenaire. Je devais représenter ce club, porter ses couleurs et ses valeurs: l’humilité, la résilience, la fidélité, le travail, à chaque seconde où je mettais ce maillot sur mes épaules. Tout cela, je l’ai hérité de la génération d’avant. A mon tour, j’en ai fait ma mission, je l’ai transmis à la suivante. Crois-moi, je peux partir serein. Ils sont prêts. Oui, c’était une sacrée responsabilité. Mais pour moi, cela aura surtout été un honneur.
Au moment de clore ce chapitre, il y a forcément beaucoup d’émotions qui remontent: de la fierté, de la gratitude et, déjà, un peu de nostalgie aussi. On ne tourne pas la dernière page d’un livre long de 24 ans comme cela…
Aujourd’hui, ce n’est pas un adieu mais bien un au revoir. Je pars, mais une chose est sûre: je ne quitte pas vraiment ce club. Gottéron fera toujours partie de moi.
Merci pour ton soutien, dans les bons moments comme dans les plus difficiles. Merci pour ta fidélité, ta passion, ton exigence aussi. C’est grâce à toi que ce club est ce qu’il est.
Je m’en vais avec des souvenirs plein la tête, des émotions plein le cœur… mais surtout avec la fierté d’avoir enfin amené ce titre à Fribourg. Osons le dire: toi et moi, nous sommes SCHWEIZER MEISTER!
Julien Sprunger