«Le pire test? Tu veux dire celui qui me fait le plus ch***? Clairement le Yo-Yo test.» C’est un mauvais moment à passer. Le plus redouté par Yannick Rathgeb mais aussi Benoît Jecker. «Je stresse toujours pour ce Yo-Yo test alors que je suis en ligue A depuis 13 ans. Sur le papier, ça n’est rien de plus qu’un test d’endurance et de résistance de 15-20 minutes. Pourtant, je ne suis jamais aussi content que lorsque j’en ai terminé avec cette histoire…» Ce lundi et mardi ont lieu les traditionnels tests physiques d’avant-saison de Fribourg-Gottéron. Deux journées bien remplies durant lesquelles les Dragons enchaînent en parallèle les shootings photos. Le début de l’entraînement sur glace n’aura lieu que mercredi matin. D’ici là: souffrir, sourire, souffrir, sourire.
La préparation physique à proprement parler arrivant à son terme, il est temps de mesurer les progrès effectués. Les résultats de cette semaine seront ainsi comparés avec ceux collectés lors de la reprise, début juin. «Il y a forcément une amélioration entre le début et la fin de l’été, sinon tu as fait quelque chose de faux», explique Benoît Jecker, «libéré d’un poids» et pour cause: il en a fini pour cette année avec le Yo-Yo test. Encore lui.
Répéter des efforts
De cette hantise des hockeyeurs qui n’est autre que le quotidien de nombreux sportifs, parlons-en. Le Yo-Yo fait référence à ce test d’endurance intermittente qui évalue la capacité d’un individu à répéter des efforts de haute intensité avec de courtes périodes de récupération. Il consiste à effectuer des allers-retours de 20 mètres, à la course, au rythme de signaux sonores dont la vitesse augmente progressivement. Couramment utilisé dans les sports collectifs, il permet d’estimer les capacités cardiovasculaires: la fameuse Vo2 max. Celle de Yannick Rathgeb est estimée à 57, ce qui le situe dans la fourchette «excellente». A l’option course à pied, «Radi», a préféré le vélo. «Nous pouvons choisir entre les deux sports mais la douleur reste la même. Toutes les 60 secondes, la charge augmente de 50 watts. Tu n’arrêtes pas tant que tu n’as pas atteint ta limite. Un exercice dans lequel je me débrouille plutôt bien.»
Pas de quoi fanfaronner pour autant: «Passé 30 ans, tu ne te compares plus aux autres. Surtout pas aux plus jeunes», lance le défenseur, qui a trouvé son maître. Ses maîtres. Il se raconte en effet que «Dorthe et Nicolet sont pas mal du tout». Voilà justement les deux jeunes qui débarquent devant le vestiaire, frais comme (de) la rose. «Le Yo-Yo test? Ça va franchement! Il ne faut pas en faire une montagne», se marre Nicolet (23 ans), seulement battu par Jan Dorthe (20 ans) dans le groupe passé à la casserole lundi matin. «J’ai tenu jusqu’au palier 21,7. C’est pas mal mais j’ai déjà eu fait mieux», révèle l’attaquant. A défaut d’avoir trouvé Antti Ropo, le nouveau préparateur physique des Dragons, on a demandé à ChatGPT ce qu’il pensait de cette performance. «Atteindre le palier 22 correspond généralement à un excellent niveau d’endurance intermittente.» Puisqu’il le dit.
« On regarde ce qu’on doit améliorer et on fait un plan en conséquence pour la saison »
Kevin Nicolet·Attaquant de Fribourg-Gottéron
Voilà qui risque de réjouir Roger Rönnberg. Car non, le préparateur physique n’est pas le seul membre du staff à débriefer les métriques récoltées avec les principaux concernés. Chacun d’entre eux aura droit à sa visite dans le bureau du boss, impatient de décortiquer la feuille de route de ses 27 poulains (en comptant Elijah Neuenschwander, Alessio Guignard et Yannik Boppart). Endurance, résistance mais aussi force, puissance et accélération: tout athlète a son talon d’Achille. «On regarde ce qu’on doit améliorer et on fait un plan en conséquence pour la saison», ajoute Kevin Nicolet, qui sait très bien sur quoi professeur Rönnberg insistera dans son cas. «Mais ça, c’est entre lui et moi», élude habilement l’attaquant.
Marge de progression
Craint-on le meeting privé avec le coach, réputé pour son exigence? «Franchement, non, assure Benoît Jecker. Du moment que tes chiffres ne sont pas en dessous de ceux de l’année précédente, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.» Confiant, Henrik Borgström l’est aussi. Arrivé légèrement blessé et pas tant affûté il y a 12 mois, le Finlandais avait patiné après ses sensations durant tout l’automne et une partie de l’hiver. Pas du genre à laisser couler, Roger Rönnberg lui avait donné du fil à retordre. «Contrairement à l’an passé, j’ai pu travailler normalement, sur et en dehors de la glace. Je suis en bien meilleure forme», se réjouit le topscorer de la saison du titre.
La journée de mardi sera consacrée aux tests sur la glace. Gardien de sa nature, Ludovic Waeber aura droit à un programme allégé. «Je ne crois pas qu’on devra faire les accélérations comme les joueurs.» Ce n’est pas pour autant que le successeur de Reto Berra passe un bon quart d’heure. «Pendant les 20 minutes de vélo à fond, tu as l’impression de crever. Mais c’est pour la bonne cause.»
Pierre Schouwey