Ce jeudi soir, Fribourg-Gottéron et Davos s'affrontent dans l'ultime manche de la finale des playoffs. En jeu: un premier sacre pour les Dragons. Mais tous les supporters ne pourront pas être à Davos, à la BCF Arena ou dans les bistrots du canton. Certains vivront cette finale à distance, depuis des fuseaux horaires lointains. Nous avons recueilli leurs voix.
Marine et Michel partagent leur vie entre deux rivages: la Thaïlande et Los Angeles. "On vit cette finale de façon intense, surtout la nuit", racontent-ils. "À Ko Samui, les matchs commençaient à 1h du matin. Même après dix ans et la distance, les émotions sont toujours intenses. On s'identifie toujours à Fribourg-Gottéron."
Partie en vacances en Albanie avec son copain et des amis, une supportrice regrette presque de ne pas être à Fribourg. Tous les deux jours, la petite équipe regarde le match comme elle peut, sur le téléphone ou la télé de l'hôtel. "C'est un peu frustrant, mais on a nos maillots avec nous, le t-shirt de la finale aussi. C'est dingue ce qu'on vit."
Beaucoup plus au sud, on retrouve Léa et Valère à Cape Town en Afrique du Sud. Le couple est en tour du monde depuis trois semaines. "On vit cette finale depuis notre téléphone", rigole Léa. "On a tout fait pour mettre ça sur l'ordi ou la télé, mais c'est très compliqué. On a dû installer un VPN et se connecter à la télé de mes parents. On croise vraiment les doigts pour que le wifi soit convenable pour ne rater aucun but ce soir!"
Trouver une connexion stable depuis la Chine
Le couple n'est d'ailleurs pas le seul à user du VPN pour suivre nos Dragons. Julien et sa compagne ont entrepris un voyage de neuf mois pour rejoindre le Japon en train. Ils sont actuellement à Pékin. Lui n'a raté qu'un seul match de la saison.
Mais suivre les playoffs depuis la Chine est un défi: "On a six heures de décalage, les matchs commencent à 2h et finissent vers 4-5h. La connexion est compliquée, la plupart des sites sont bloqués et les VPN ralentissent tout. Parfois, dans le train, je dois attendre 5 à 10 minutes pour savoir s'il y a eu un but ou pas", raconte le supporter.
Julien a même un moment hésité à rentrer en Suisse pour cette finale. Finalement, il regardera la rencontre à l'hôtel, sur une tablette, en pleine nuit. "Je suis stressé, un peu partagé à l'idée de rater le premier titre, et d'être loin de Fribourg pour les célébrations. Mais je me réconforte en me disant qu'au moins, mon homonyme (Julien Sprunger, ndlr.) partira par la grande porte avec une coupe. Ce serait magnifique."
Le match VII de la finale des play-off serait-il celui de la démesure?
Rien que ça! Quand on a attendu toute une vie un titre, rester à 300 kilomètres du possible lieu du rêve relève presque de la torture. Alors, mardi soir, portés par l’euphorie de la victoire en prolongation, ce groupe de trentenaires a sérieusement envisagé l’impensable: rallier Davos sans même sacrifier leur journée de travail du jeudi. Le plan? Louer un hélicoptère. Rien que ça. «J’ai déjà twinté 500 balles au pilote», lâche l’un d’eux dans un message audio devenu instantanément culte. Problème: aucun billet pour la finalissima. Problème bis: aucune autorisation de vol de nuit pour un trajet de loisir. Bien essayé quand même! JRX
Aux Etats-Unis aussi. Un message venu en droite ligne du Wisconsin: «Mes élèves de 3e année ont chanté «Allez les Dragons» pendant tout l’après-midi. Nous le referons jeudi». Elizabeth Long est professeure de français et d’espagnol à Racine, ville située au sud de Milwaukee. Sept fuseaux horaires séparent les rives du lac Michigan de celles de la Sarine. Mais si Elizabeth Long suit la finale des play-off avec autant de passion, jusqu’à apprendre à ses petits écoliers âgés de 9 ans à situer Davos et Fribourg sur la carte du monde, c’est parce qu’elle a été jeune fille au pair à Fribourg dans les années nonante. «Avec la famille pour laquelle je travaillais, nous allions souvent voir les matches de Gottéron. De mon passage, j’ai gardé de nombreux amis. C’est vraiment un endroit que je porte dans mon cœur», explique-t-elle au bout du fil. Et l’Américaine de 53 ans d’ajouter: «Ce jeudi, j’ai cours avec la même classe, qui m’a déjà dit: «Madame, c’est bon signe. Ils ont gagné mardi, ils gagneront jeudi!» On croise les doigts. Allez les Dragons!» PS
Et couic! La queue-de-cheval de Werner Stulz est presque aussi vieille que son propriétaire. Paraît qu’elle mesure 45 cm. Paraît aussi qu’en cas de victoire de Gottéron à Davos, ce jeudi, elle disparaîtra instantanément. Couic! «Au début de la finale, j’ai parié que je la couperais en cas de titre», explique le retraité singinois. «Après le match 1, reprend-il, je ne me faisais pas de soucis. Mais depuis, mes amis ne cessent de me rappeler ce que j’ai promis.» Werner Stulz tient à sa toison gris-blanc. Mais pour Gottéron, «je la couperai avec plaisir et honneur», assure-t-il. PS
Du virtuel. «A Fribourg, quand on a besoin d’un miracle, on monte à Bourguillon. Jeudi soir, on monte d’un clic.» Agence de communication située à Fribourg et à Genève, Donuts propose d’allumer des cierges virtuels. Un clic suffit. Mercredi à 18 h, ils étaient déjà 5000 à avoir tenté la chance. Et dans la vraie vie, combien sont-ils à avoir fait le pèlerinage des hauts de Fribourg? Recteur du sanctuaire de Bourguillon, l’abbé Jacques Papaux n’a pas constaté de frénésie pieuse ou superstitieuse. «Non, je n’ai pas remarqué un impact particulier sur les ventes. Mais de manière générale, il y a un nombre important de cierges allumés chaque jour», dit-il. Notre-Dame, priez pour eux. PS
Fan de Gottéron venu tout droit de Nouvelle-Zélande
Fabian Herzog, expatrié en Nouvelle-Zélande et fan de Gottéron, a atterri à Zurich après une escale à Dubaï et un voyage d'environ 40 heures. Il sera fatigué, mais aussi plein d'adrénaline et d'impatience.
Le Bâlois, qui a émigré à l'autre bout du monde il y a six ans avec sa femme néo-zélandaise Sarah et ses deux enfants Deia (10 ans) et Leo (7 ans), avait spontanément réservé des vols et fait ses bagages après la victoire en prolongation des Fribourgeois lors du sixième match de la finale des play-off contre Davos mardi, et était à l'aéroport d'Auckland trois heures plus tard pour pouvoir fêter ce qui pourrait être le premier titre de champion de Gottéron.
Il n'avait pourtant pas encore de billet pour le match de jeudi soir à Davos. «Mon copain et moi sommes encore en train de nous organiser. Si ça ne marche pas, nous irons à Fribourg et nous regarderons le match en public viewing», nous avait-il confié.
Il serait dommage que Fabian Herzog ne puisse pas suivre le match décisif en direct sur place, alors qu'il s'impose déjà de telles contraintes, s'est dit Blick, qui s'est mis à la recherche d'un billet pour cet événement qui affiche complet depuis longtemps. «Le plus important, c'est que Fribourg gagne! Tout le reste on verra», nous a écrit Fabian Herzog depuis l'avion qui l'emmène à Dubaï, avant de s'accorder un peu de sommeil.
Ce jeudi matin, John Gobbi, l'ancien défenseur et actuel CEO de Gottéron, annonce la bonne nouvelle à Blick: «Je m'occupe d'organiser deux billets». Lorsque Blick en informe Fabian Herzog, sa joie est immense. «Sensationnel, écrit-il. C'est génial!»
De nombreux fans de Fribourg sont enthousiasmés par le voyage fou de Fabian Herzog et lui proposent de lui payer le repas s'il les contacte. Pour que tout se termine bien, il ne manque plus que la victoire historique de Fribourg. Mais le HCD, 31 fois champion, a encore son mot à dire. De toute façon, Fabian Herzog se souviendra toute sa vie de son voyage insensé.
Stephan Roth
Dino Kessler